
Laval, ville en mouvement : les commerçants locaux tirent la sonnette d'alarme
Les petits commerces de Laval luttent pour leur survie face à la concurrence des grands centres commerciaux
Laval vit actuellement une période de transformation profonde, mais derrière le discours officiel d'une « île d'exceptions » en pleine mutation se dessine un portrait bien plus nuancé de l'économie locale. Les commerçants de la ville, qui constituent le tissu économique de premier ordre de cette municipalité de près de 450 000 habitants, expriment de plus en plus leur inquiétude face aux défis qui s'accumulent. Entre la pression immobilière, la concurrence des centres commerciaux et les bouleversements démographiques, les propriétaires de commerces de proximité se demandent comment préserver leur viabilité économique dans un environnement qui change rapidement.
Contexte
Située sur l'île du même nom au nord de Montréal, Laval est la deuxième plus grande ville du Québec par sa population, derrière Montréal proprement dite. Cette position géographique particulière confère à la ville une identité économique singulière, à la fois intégrée à la métropole montréalaise et distincte de celle-ci. La municipalité se décrit elle-même comme une « île d'exceptions » en pleine transformation, soulignant que des solutions innovantes se déploient pour répondre aux besoins de toute sa population.
Cette transformation s'accompagne toutefois de tensions économiques croissantes. La ville met en avant sa volonté de « sa juste part », une expression qui trahit un sentiment d'injustice face au partage des ressources économiques entre les territoires. Les commerçants locaux, qui jouent un rôle central dans l'économie de quartier, se retrouvent pris entre l'engouement pour la revitalisation urbaine et la réalité quotidienne de leurs difficultés.
La population étudiante constitue un élément important du paysage économique de Laval, mais elle représente aussi une source de tension. Alors que cette population explose, des centaines de jeunes sont refusés chaque année par manque de place dans les cégeps de la région. Cette situation a des répercussions directes sur l'économie locale, car les étudiants constituent une clientèle importante pour les commerces de proximité.
Ce qu'il faut savoir
Les préoccupations des commerçants lavallois s'articulent autour de plusieurs axes économiques majeurs. L'un des plus pressants concerne la capacité d'accueil des établissements d'enseignement postsecondaire. Les cégeps de Laval font face à une demande étudiante qui dépasse largement leur capacité actuelle, ce qui prive la ville d'une clientèle potentielle importante et réduit l'activité économique liée à la présence étudiante.
Le maire Stéphane Boyer, élu pour le mandat 2025-2029, a placé la question de l'équité territoriale au cœur de son programme, affirmant que Laval « veut sa juste part ». Cette prise de position reflète un malaise plus large chez les acteurs économiques locaux, qui estiment que la ville ne bénéficie pas proportionnellement des investissements publics et des retombées économiques générés par sa position dans l'agglomération montréalaise.
Les événements culturels et sportifs organisés par la ville témoignent d'une volonté de dynamiser le territoire. En juillet 2026, Laval prévoit notamment des cinémas en plein air, des initiations au planchodrome, des parties de zumba et des rendez-vous techno, autant d'activités qui visent à attirer les résidents et à stimuler l'activité commerciale des quartiers. Ces initiatives, bien que louables, ne répondent pas directement aux préoccupations structurelles des commerçants.
La question de l'accessibilité et de la mobilité durable reste également centrale. La ville met en avant la mobilité durable comme axe de développement, tout en reconnaissant que les infrastructures actuelles ne suivent pas toujours le rythme de la croissance démographique. Les commerçants soulignent que l'accès à leurs établissements et la desserte par les transports en commun influencent directement leur chiffre d'affaires.
Analyse
Pour comprendre les enjeux économiques de Laval, il faut les replacer dans le contexte plus large de l'économie québécoise. Le Québec traverse une période de croissance économique marquée par des défis structurels, notamment en matière d'offre de travail qualifié et de compétitivité des entreprises. La province mise sur son capital humain et son positionnement stratégique pour maintenir sa croissance, mais les disparités régionales restent importantes.
Laval se trouve à l'intersection de plusieurs tendances économiques qui pèsent sur ses commerces locaux. D'une part, la métropole montréalaise attire une part croissante des investissements internationaux, comme en témoignent les récentes implantations de Mistral AI et de G+D à Montréal. D'autre part, les entreprises internationales sont attirées par les avantages concurrentiels de la région, notamment sa qualité de vie et son écosystème technologique.
Ces dynamiques bénéficient globalement à l'économie régionale, mais elles ne se traduisent pas nécessairement en retombées directes pour les commerçants de quartier de Laval. La ville doit trouver un équilibre entre l'attractivité globale de la métropole et la préservation de son tissu commercial local. Les autorités municipales reconnaissent cette tension, d'où la formulation « Laval veut sa juste part. Maintenant. ».
Le contexte économique québécois actuel se caractérise par une forte demande de main-d'œuvre qualifiée et une compétitivité internationale accrue. Selon les données de Montréal International, la région offre un avantage coût significatif, où il coûte moins cher d'exploiter une entreprise que dans toute autre grande ville nord-américaine. Cet avantage, combiné à la présence d'une concentration élevée d'emplois dans les secteurs de haute technologie, contribue à l'attractivité économique du Grand Montréal.
Ce qui suit
Les prochaines étapes pour les commerçants lavallois dépendront largement des décisions politiques et économiques qui seront prises dans les mois à venir. La ville a lancé une consultation publique pour recueillir les idées des citoyens concernant l'amélioration de ses projets, offrant ainsi une occasion aux commerçants de faire entendre leurs préoccupations.
La question de l'éducation postsecondaire restera centrale. Les responsables municipaux ont signé une lettre pour demander l'agrandissement des cégeps, arguant que cela permettrait d'investir dans l'égalité des chances et de permettre à toute une génération de réaliser son potentiel. Cette initiative pourrait avoir des retombées économiques positives pour les commerces de proximité si elle se concrétise.
À plus long terme, la viabilité économique des commerces de Laval dépendra de la capacité de la municipalité à créer un environnement favorable à l'entrepreneuriat local, tout en tirant parti des atouts de la métropole montréalaise. Les autorités municipales devront trouver un équilibre entre l'attractivité internationale et la préservation du tissu commercial de proximité, un défi qui nécessite une vision claire et des actions concrètes.
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