Théâtre

Au sommet de la montagne : l’œuvre de Luther King portée avec brio par Didier Lucien

Jeudi soir dernier avait lieu la première médiatique de la pièce Au sommet de la montagne. Ce spectacle, mettant en vedette Didier Lucien dans le rôle de Martin Luther King, trace un portrait de la dernière nuit qu’a pu vivre ce pasteur américain avant son assassinat. Notre équipe a eu la chance d’assister à cette grande première. Voici donc notre compte-rendu sur cette pièce théâtrale qui aide à comprendre l’importance des pionniers qui lui ont succédé depuis sa mort controversée.

Didier Lucien, un acteur de talent

Photo : Danny Taillon

Comme mentionné plus haut, Didier Lucien y incarne Martin Luther King, un homme tourmenté qui s’apprête à mourir. Au début de la pièce, seul dans une chambre du motel Ginette, il essaie de rédiger son prochain discours. Malheureusement, il n’aura jamais le temps de le prononcer. Présent tout au long de la pièce, Didier est poussé à interpréter une large gamme d’émotions. À force de se faire écouter, espionner, insulter, et même davantage, Martin était devenu paranoïaque et avec raison. En revanche, cet acteur parvient à lui rendre justice.

À deux doigts de tomber à la dérive, Martin fait une rencontre qui changera le cours de sa dernière soirée. Camae, une femme de chambre bien particulière qui le poussera à réfléchir différemment. Malgré les prières de Luther King dans le but que ses embûches cessent, il se verra confronté à la mort trop tôt à son goût. Dieu, qu’il imaginait comme étant un homme blanc, mais qui s’avère être une femme noire, l’aimait et a décidé de répondre à ses prières. Grâce au talent de Didier, les quelques personnes qui ne connaissent pas Martin Luther King, y trouveront quand même leur compte et seront captivées par ce récit. Pour tous les autres, ce sera un véritable plaisir dès la première minute.

Camae : un personnage mystérieux

Photo : Danny Taillon

D’abord considérée comme une femme de chambre, Camae est un rôle clé de cette pièce lumineuse. Sharon James, une comédienne peu connue, mais exceptionnelle, introduit ce rôle d’une façon magistrale. Le personnage commence à vouloir séduire Martin, et y parvient, mais est vite démasqué. Sans trop en dévoiler, nous pouvons dire que telles n’étaient pas ses réelles intentions et qu’elle cachait une mission en s’introduisant dans la chambre de Martin cette soirée-là. Elle était là pour l’accompagner dans la mort et se faire pardonner d’avoir elle-même haï les Blancs. Imparfaite, Camae sert de sensibilisatrice. Elle n’a pas beaucoup d’études, elle n’est pas très cultivée, mais apprend des choses à Luther King que personne ne lui avait enseigné auparavant. Malgré son lourd passé, elle ose prendre la parole et a une volonté de faire changer le cours de l’histoire. Elle utilise tous les moyens à sa disposition pour faire réaliser que marcher n’est peut-être pas suffisant et qu’il faudrait agir pendant qu’il est encore temps. Tranquillement, les spectateurs découvriront qui elle est en réalité et ouvriront leurs esprits afin de saisir l’importance de ses propos.

Une mise en scène plus que réussie

En introduction, une prémisse de ce que les spectateurs s’apprêtent à voir est projetée en haut de la scène. Puis, apparaît un film en noir et blanc de Didier Lucien à l’arrière-plan. Ce comédien ouvre la porte de sa chambre de motel, puis l’action débute. Au milieu de l’histoire, des fleurs blanches poussent au sol, même s’il y a un tapis. Ces végétaux sont un signe qu’il pense à sa femme et ses enfants, puisque chaque fois qu’il s’absentait trop souvent, il leur en offrait. Tout d’abord orageuse, la température change et laisse place à une tempête de neige. À la fin, les metteurs en scène ont réalisé un tour de maître. La scène s’ouvre en deux, un nuage de fumée envahit l’espace, un projecteur éclaire Didier qui s’avance et prononce le dernier discours de Martin Luther King. Tout ça est évidemment chargé en émotions et dépeint une triste réalité.

Photo : Danny Taillon

Une finale grandiose

Intense, la finale touche droit au cœur. Le combat des Noirs est illustré de manière juste et authentique. Personne ne peut demeurer indifférent devant ce passage. Tous les personnages marquants qui ont défilé depuis le passage sur terre de Martin font partie d’une vidéo. La vidéo de ce que sera la terre une fois qu’il sera décédé. Tous les Noirs se sont passés le flambeau pour une seule raison, être traités comme les Blancs. Dans ce récit imaginé, mais qui frôle la réalité, en se dirigeant vers le paradis, Martin a une vision de la terre promise. La terre promise, c’est le lieu qu’il avait espéré tout au long de son existence. La terre où tout le monde est égal. Peu importe la couleur de leur peau, leur âge ou leur sexe, chaque individu a droit de se sentir respecté. Et surtout, chaque individu a droit aux mêmes traitements. Puis, Didier s’avance et prononce un discours qu’aurait pu prononcer Martin : « La terre promise est tellement près, mais tellement loin. Tellement près, mais tellement loin. Tellement près… ». Camae s’approche de lui : « C’est l’heure ». Toutes les lumières s’éteignent. La pièce prend fin. Dans ce contexte, cette finale tourne dans la tête longtemps après y avoir assisté. 

Le message véhiculé

Nous croyons, même si chacun est libre d’en tirer sa propre conclusion, que l’objectif de cette pièce est de faire comprendre à quel point l’humain peut être cruel et juste à la fois. À quel point les Blancs, au début (et même de nos jours malheureusement), ne considéraient pas tout le monde sur le même pied d’égalité, et ne traitaient pas tout le monde avec respect ! Le racisme est un fléau de notre société, et ne disparaîtra sans doute jamais complètement. Martin Luther King voulait aider les Noirs à prendre leur place et il prêchait par l’amour. Il n’était pas parfait, mais a tracé la voie à plusieurs pionniers. À travers ses écrits, il est parvenu à laisser une trace indélébile. À la fois humoristique et intense, ce sujet crucial est abordé avec légèreté presque tout au long du spectacle.

Pour clore, notons que la tournée d’Au sommet de La Montagne se prolonge sur une bonne période de temps. Alors pour tous les passionnés de théâtre, pour tous ceux qui se sensibilisent à la cause des Noirs, pour tous ceux qui s’ouvrent les yeux et qui veulent changer de mentalité, cette pièce est une œuvre à ne pas manquer.

À voir chez Duceppe jusqu’au 26 mars.

Photo : Danny Taillon
Merci à RuGicomm.

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