Culturel

[Entrevue] Alex Francoeur : un rêveur terre à terre

En survolant le parcours d’Alex Francoeur, trois mots me sont venus à l’esprit : détermination, passion, accomplissement. Puis, un matin j’ai eu la chance qu’on échange et qu’il me parle de son métier, de sa communauté. Un quatrième mot est venu appuyer la personne qu’il est à mes yeux : dévouement. Que ce soit pour sa propre carrière et ses rêves personnels, comme pour l’avancement de la danse et les opportunités qu’on crée ici au Québec. Rencontre avec un rêveur terre à terre, impliqué et surtout, passionné.

Assurément, Alex Francoeur vous l’avez vu à la télé ou sur scène à un moment ou un autre. La France a un incroyable talent (où il a obtenu le golden buzzer), America’s got talent, Révolution (où il était finaliste lors de la deuxième saison avec son duo Alex & Alex), la comédie musicale Saturday night fever (aux côtés de Nico Archambault) et j’en passe. Chez nous, il a performé avec Marie-Mai, Sarahmée puis René Simard, pour ne nommer que ceux-ci. Danseur et chorégraphe, il enchaîne les projets au rythme de ses palpitations lorsqu’il danse.

Une chose m’a frappé en discutant avec le danseur : jamais il n’a parlé au « je ». Toujours au « on ». La première personne du singulier ne semble pas facile à prononcer, mais je vous rassure, c’est naturel dans son parlé. Rapidement, j’ai compris que c’est parce qu’Alex Francoeur ne prône pas son succès personnel, mais l’évolution de la danse au Québec. Il parle au nom de celle-ci. Il parle au nom de ses comparses, danseurs et danseuses expérimentés ou de la relève. Observation personnelle de la rédactrice professionnelle, qui cherche toujours à sizer le type de personne à qui elle a à faire. Je ne crois pas m’être trompée sur ce coup-là.

D’ailleurs, il m’a raconté brièvement son expérience à DansEncore à Trois-Rivières, où la réunion avec ses collègues danseurs et le public est venue poser un baume sur toutes ces semaines de pandémie et d’isolement. « Ça fait du bien de monter sur une scène, avoir un public, avoir des danseurs dans une même pièce. Ça fait vraiment du bien au moral. […] Juste de voir des sourires, des vrais, ça faisait extrêmement longtemps, ça a faite du bien » me raconte-t-il.

Crédit : Facebook d’Alex Francoeur

La pandémie : Et les danseurs dans tout ça?

Heureusement pour Alex, les opportunités n’ont pas cessé malgré que toute l’industrie des arts et spectacles était au ralenti. Quelque part en mai 2020, le téléphone a sonné : France Beaudoin voulait Francoeur comme chorégraphe pour la saison complète d’En direct de l’univers. « Pour moi, ça été une job de rêve! Surtout en pleine pandémie… C’était spécial d’avoir un travail comme ça, de pouvoir m’épanouir, quand c’est pas censé aller bien » me confie le danseur, alors que je sens dans sa voix la confrontation émotionnelle qu’apporte ces propos.

« J’ai jamais voulu être le seul à avoir du succès. J’ai toujours voulu que mes amis autour de moi, des danseurs que j’aime, aient le même succès que moi. C’est sûr que je me sentais mal, mais il fallait que je me rappelle que ça fait extrêmement longtemps que je travaille pour ce que je récolte en ce moment. Ça adonne dans une période comme ça, mais ça fait des années et des années que je mets mes pions en place pour en arriver là. Il a fallu que je me parle et que je me détache de ça. Que je me dise que j’ai le droit de mériter ça. Pis après avec cette opportunité-là, de pouvoir aider les autres et que je ne sois pas le seul à travailler » renchérit-il. En tant que chorégraphe pour l’émission de variétés, il avait le privilège de pouvoir engager des collègues et amis issus du milieu de la danse pour monter des numéros. Ça été sa façon de partager son opportunité d’emploi et de garder la danse vivante. Il se considère d’ailleurs très chanceux d’avoir pu orchestrer la saison complète, considérant que nous sommes au beau milieu d’une pandémie mondiale dont le virus se transmet par gouttelettes… Les danseurs, la sueur et les gouttelettes, ça les connaît! La production a tout de même travaillé d’arrache-pieds pour conserver les numéros dansants au programme, et Alex Francoeur en est très reconnaissant aujourd’hui. « Toute l’équipe de France s’est battue pour nous garder. On a fait des compromis, on a gardé les masques… Ils ont adapté tout ça pour que justement les danseurs puissent avoir un petit peu d’espoir. […] Ça a vraiment été un cadeau. »

Malgré ce travail rêvé qui s’est présenté au chorégraphe, bon nombre de danseurs expérimentés et de la relève sont restés dans le silence, à attendre que le téléphone sonne. Certains ont dû réorienter leur carrière puis se réinventer. C’est sans surprise que j’écoutais Alex me raconter qu’il a tant essayé de cheer-up sa communauté durant ces temps difficiles, coûte que coûte. Que voulez-vous, c’est un gars d’équipe, un gars de gang. J’avais vu juste : il est dévoué pour son monde, en plus d’être un chic type.

Les zooms et autres visioconférences de ce monde ayant déjà une piètre réputation en matière de qualité, de concentration et d’environnement pour les interlocuteurs, imaginez les danseurs qui ont dû tasser deux ou trois meubles, tenter d’ajuster leur horaire avec le restant de la maisonnée, puis faire des pratiques de danse à même le salon ou la salle à manger. Un meeting banal devant l’écran, ça peut le faire. On s’habitue. Mais… danser? On ne peut pas s’habituer ou faire avec. Ça manque de team spirit, de gang, de sueurs collectives pis de miroir.

Et si on pense que les appels vidéos c’était le comble de la démotivation et que c’était le début de la fin, rappelez-vous qu’être un bon danseur, c’est le fruit de plusieurs mois, plusieurs années de travail et de perfectionnement. Ça demande de la rigueur à temps plein… Chose que cette pandémie a amèrement enlevé à ces personnes pourtant pleines de talent et de volonté. « Veux, veux pas, quand tu skip une journée, t’en skip deux, puis tu skip une semaine, un mois et là t’es rendu à 15 mois… Le corps en a pris un coup. Je ris souvent en disant à mon chum que j’ai l’impression qu’en 15 mois, j’ai pris 10 ans de vieillesse dans mon corps. C’est vraiment des muscles qui ont pris des années à construire, et des semaines à déconstruire. »… Je n’aurais pas mieux dit, Alex.

« Je pense que le défi, maintenant que les choses rouvrent très vite, c’est de se remettre en forme, à la hauteur d’où on était, pour reprendre le travail comme on le veut. Je crains un petit peu pour mon milieu, pour tout ce qui est blessure… On n’est pu autant en forme qu’on le pense. Et ça va prendre quelques semaines, quelques mois, pour retrouver les muscles, la stabilité, retrouver tout ce que le métier demande » m’explique celui qui travaille actuellement de concert avec des physiothérapeutes et ostéopathes pour être certain de rester fort et éviter tout risque de blessure.

Le rêve américain?

Assez parlé de la pandémie. Après tout, elle nous a accaparé assez de notre temps, celle-là.

J’ai eu envie qu’Alex me raconte quelques pans de sa vie aux États-Unis, au temps où il s’était installé à Los Angeles dans l’espoir de réaliser ses rêves et se réaliser lui-même par la même occasion. Quelques cases ont pu être cochées sur sa bucket list, après avoir performé avec des stars de renommée internationale, comme Ariana Grande, Céline Dion et Jason Derulo pour ne nommer que ceux-ci. Des productions cinématographiques de Netflix ont également eu la chance de l’avoir, dont The Kissing Booth et A Week Away. Malgré l’effervescence qui semble émaner d’un projet aussi grandiose que de déposer ses valises dans le pays voisin, des difficultés sont présentes au quotidien, notamment lors d’auditions pour le cinéma américain : « Moi je suis une personne qui a toujours voulu prôner son talent avant quoi que ce soit. Mais quand t’arrive dans cette industrie-là, souvent, c’est le contraire : c’est ce que tu as l’air, avant le talent. Donc souvent, c’est pas nécessairement les meilleurs qui sont partout, c’est juste parce qu’ils avaient le look désiré ou la grandeur, le sexe, peu importe… Souvent, ça pesait plus dans la balance. […] On s’entraînait beaucoup beaucoup pour que notre talent soit fort et au final, c’était pas ça la priorité. Souvent, c’est une question de chance ou que tu connais les bonnes personnes qui t’emmènent où tu as envie d’aller. C’était plus dur, car moi je focussais à être le meilleur danseur. […] Souvent, c’est le look qui va déterminer si t’as la job ou pas. » La solution? Être plus mature et plus intelligent que l’industrie, en allant là où son talent sera reconnu et où on ne se basera pas que sur l’aspect physique d’une personne pour lui donner le job ou non.

Heureusement qu’ici, on a une vision différente des castings : on veut les meilleurs pour les rôles. Point. Québec 1, États-Unis 0. « À Los Angeles c’est vraiment ‘’on vend du rêve’’, c’est ça leur motto. On veut une image sur scène avant tout. Je dis pas que les danseurs savent pas danser, il y a un niveau quand même » précise-t-il.

Malgré la pression et les hauts standards de L.A., Alex Francoeur a tenu à souligner qu’il n’en sortait pas déçu ni amer. Il en sort plus grand, plus enrichit. « J’ai grandi énormément. J’ai appris des meilleurs chorégraphe et danseur du monde. C’est une richesse que j’aurais jamais pu avoir ailleurs. J’ai appris énormément comme jeune garçon qui est déménagé très jeune. J’ai bâti une rigueur et une force de caractère assez vite parce que j’étais tout seul dans un pays où je ne parlais presque pas la langue au début. Je me considère choyé, car j’ai quand même eu de très grosses opportunités aux États-Unis; j’ai réalisé des rêves que j’avais envie de faire. Mais pour moi le day-to-day aux États-Unis ne me plaisait pas autant que mon jour le jour au Québec. C’est là que la balance a penché pour revenir au Québec. Là-bas, je vivais seulement pour le prochain rêve, la prochaine job. J’étais pas entouré de ma famille, de mon système de support. J’aimais pas la ville non plus. Quand tu deviens un peu plus vieux, les priorités changent… Et j’ai eu envie de me sentir bien à tous les jours. Mes rêves ont changé aussi avec le temps, tout s’est ajusté. Mon passage aux États-Unis je le referais…Tu me dirais que je dois refaire ma vie, je referais la même chose. J’ai appris. Et ça me permet d’être au Québec aujourd’hui et de pouvoir penser grand parce que j’ai les outils et j’ai appris des meilleurs. Maintenant je peux appliquer ça pour la relève, puis pour moi-même. »

Fierté et ambitions

Le C.V. d’Alex Francoeur est long, très long. De tous ses projets et collaborations, j’étais curieuse de savoir lequel sort davantage du lot? Quel projet le rend le plus fier? « Je pense que faire Révolution avec Alex, c’est le projet qui a réussi à mettre en lumière l’artiste que je suis. Le duo Alex et Alex est probablement une des choses dont je suis le plus fier, car c’est vraiment à nous. C’est nous qui l’avons créé, c’est notre image. Tandis qu’un projet où on m’engage. je fais mon travail, mais ce n’est pas à moi, ça ne m’appartient pas. Donc le duo Alex et Alex, avec toutes les épreuves qu’on a eu et qu’on est encore là aujourd’hui et qu’on est encore en évolution; c’est vraiment la chose la plus enrichissante que j’ai. »

Pour l’avenir, qu’est-ce qu’on peut souhaiter à un homme qui s’accomplit déjà tant? On lui souhaite que ses propos se fraient un chemin dans l’univers jusqu’à des producteurs d’envergure! « J’aimerais beaucoup chorégraphier un film. Que ce soit Québécois, ou Netflix… Le plus gros possible. Un film où la danse serait mis de l’avant, avec des numéros un peu plus style comédie musicale… M’amuser à compter des histoires sur un film, avec la danse » me confie Alex.

Le mot de la fin

« Je pense que j’aimerais continuer à faire évoluer la danse au Québec. Être un pionnier en termes de créer des opportunités pour le Québec. Un peu comme créer le rêve américain, mais au Québec. On a tous voulu quitter pour le rêve américain, puis on s’est tous rendus compte qu’au Québec on a énormément de talent, de potentiel et d’opportunités; ils ne sont juste pas encore exploités à leur plein potentiel pour la danse. Donc je pense que j’aimerais ça pour les 10 prochaines années de continuer à défricher le terrain, continuer à créer des catégories de remise de prix pour les chorégraphes à télé, tsé… Plein de sphères, où la danse pourrait rayonner au Québec. Je pense que j’aimerais faire partie des pionniers qui vont élaborer ces plans de match-là pour la danse », conclut Alex Francoeur, la voix pleine d’espoir et de rêves pour la danse de demain.

Pour les intéressés, vous pouvez vous procurer de la merch à l’effigie d’Alex & Alex en cliquant ici.

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Crédit photo de couverture : MariPhotographe

Révision : Kim Desormeaux

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